Terraformer la planète Mars
Supposons, que dans un avenir proche, l’homme atteigne enfin la planète rouge et y fonde les prémices d’une colonisation. Outre l’exploit technologique que ce « petit pas » martien représenterait, il serait très tentant pour l’homme d’en faire rapidement une seconde planète habitable.
La planète rouge fait en effet partie des planètes « colonisables » par l’homme, tout d’abord en raison de propriétés orbitales proches : les deux planètes ont des inclinaisons et des vitesses orbitales comparables, le sol est praticable (comme le démontrent les robots voyageurs que l’homme y a envoyé !) et sa gravité à l’équateur est tolérable (0,376g pour 0,99732 g sur la Terre). Seuls inconvénients : ses températures basses (de -86°c à –5°c, avec une moyenne de –46°c), l’absence d’eau liquide (mis à part quelques rares événements) et sa faible atmosphère. Pour vivre sur Mars, il faut au minimum une station pressurisée ; au mieux, terraformer la planète ! Mais avant d’y cultiver notre jardin, il est bon de faire un rapide tour du propriétaire.
Mars nous apparaît à l’heure actuelle comme une planète endormie. Il n’y a pas d’activité tectonique des plaques sur cette planète. Son atmosphère très peu dense (0,9 kPa au lieu de 101 kPa sur Terre) s’est érodée au fil du temps, des indices géologiques laissent penser que de l’eau liquide a coulé par le passé, et sa magnétosphère est très faible, en raison du refroidissement de son noyau ferreux.
Il semblerait que l’absence d’activité géologique et l’affaiblissement de la magnétosphère aient favorisé la disparition progressive de l’atmosphère et de l’hydrosphère martienne : la planète se retrouva rapidement balayée par les vents solaires, tandis que l’absence de tectonique des plaques entravait le recyclage de l’atmosphère.
Terraformation de Mars : scénarios envisageables
Pour terraformer totalement la planète Mars, les planétologues proposent de suivre le processus suivant :
Augmenter la densité de l’atmosphère et adapter sa composition à des teneurs proches de celle de la Terre (près de 80% de diazote et pratiquement 20% de dioxygène).
Créer un important effet de serre pour augmenter la température moyenne d’au moins 60°c
Restaurer une hydrosphère (océans)
Protéger la planète des rayons UV et ionisants.
Comment modifier l’atmosphère martienne? Cela représente la première étape de ce travail titanesque. Pour mener à bien cette mission, trois méthodes ont été décrites par des spécialistes de l’exploration spatiale :
- Utiliser de larges miroirs spatiaux pour refléter la lumière solaire sur Mars. La NASA travaille actuellement sur la mise au point de voiles stellaires, capables d’utiliser les vents solaires afin de se propulser dans l’espace. De telles voiles géantes pourraient servir à l’inverse de miroirs orbitaux, et renvoyer plus de rayons lumineux à la surface de Mars. Les scientifiques ont proposé des miroirs de 250 km de diamètre, pour une masse de 200.000 tonnes. Ils pourraient couvrir des surfaces de la taille du lac Michigan.
- Produire en masse des gaz à effet de serre. Une méthode assez rapide afin de créer un puissant effet de serre consisterait à accumuler des composés comme le CFC dans l’atmosphère martienne. Pour produire en masse ces composés volatiles, il serait possible de déposer à la surface de la planète des usines autonomes, qui utiliseraient la lumière solaire comme source énergétique. Ces machines mimeraient plus ou moins bien le principe de la photosynthèse, utilisant le dioxyde de carbone de l’atmosphère comme source de carbone. Mais le génie microbiologique permettrait d’aller encore plus loin. Des bactéries photosynthétiques pourraient être utilisées comme bio-usines à GES (gaz à effet de serre). Elles pourraient ainsi utiliser le CO2 atmosphérique, mais également recracher du dioxygène. En plus d’augmenter l’effet de serre par émission de GES, elles contribueraient à la modification de la composition chimique de l’atmosphère.
- Bombarder Mars avec météorites. Les chercheurs Christopher McKay et Robert Zubrin ont propose une méthode assez radicale afin d’augmenter l’effet de serre sur Mars. En déviant des météores contenant de la glace et de l’ammoniaque, ils espèrent enrichir massivement en eau et en gaz à effet de serre la planète rouge . Afin de guider les météores jusqu’à Mars, ils proposent d’utiliser des fusées à moteurs thermonucléaires. Les astéroïdes téléguidés seraient propulsés pendant une décennie, avant de heurter violemment la surface de Mars. L’énergie colossale dégagée par chaque impact s’élèverait à 130 millions de mégawatts. Cette technique permettrait aussi d’élever la température à la surface de Mars de 3°c à chaque impact. Au bout d’un demi-siècle, les bombardements successifs permettraient de créer un climat tempéré et l’eau accumulée formerait un océan couvrant 25% de la planète. Mais si les propulseurs nucléaires restent accrochés à leurs météores, cette méthode provoquerait également un bombardement nucléaire massif de la planète, et retarderait sensiblement la phase de colonisation humaine.

Peinture de Michael Carroll
Para-terraformer Mars ?
Mars a une température de surface trop basse, (presque) pas d’eau liquide, une atmosphère trop fine saturée en CO2, et aucune protection contre les rayons UV et ionisants.
Dans ces conditions, sa terraformation risque d’être longue et occuper plusieurs décennies. C’est pourquoi des solutions alternatives pourraient être employées avant que la planète soit totalement terraformée. Richard L.S. Taylor, dans un article publié en 1998, propose de construire des systèmes DREE (deliberately restricted ecospheric environment) à l’échelle globale , c’est-à-dire de recouvrir tout la surface de Mars à l’aide d’une serre artificielle. Selon Taylor, le CO2 pourrait également servir de fournisseur de dioxygène, mais les faibles ressources en N2 de la planète resteraient un facteur limitant quant à la réalisation d’un tel projet.
La première étape vers la terraformation de Mars comportera donc peut-être par la construction de colonies protégées sous des dômes protecteurs, autonomes, avec des biosphères protégées sous serre. L’idée est de pouvoir maintenir tout un écosystème viable et autonome sous dôme. Le projet a déjà été testée paradoxalement sur Terre lors des projets Biosphere menés par l’Université d’Arizona, Les résultats obtenus sont plutôt mitigés.