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samedi 9 juillet 2011

Moteurs à Positrons


Le moteur à positrons à la conquête de l’espace ?

Depuis que Futura-Sciences en a parlé dans ses actualités, le moteur à positrons fait un retour en force dans les discussions électroniques. Tout a commencé lorsque ce journal en ligne a relayé la découverte étonnante de physiciens américains, qui grâce au nouveau laser Jupiter, ont pu bombarder une feuille mince d’or et produire ainsi une très forte quantité de positrons. Une technique nouvelle qui relance en partie l’idée d’un moteur à positron !

Le moteur à positrons fait l’objet d’études préliminaires chez les ingénieurs physiciens et spécialistes de la propulsion. Un document pdf anglais est d’ailleurs disponible à ce sujet, et même si les diapositives de cette présentation sont difficiles d’accès pour des néophytes, elles montrent qu’un tel projet est pris très au sérieux par les scientifiques :



Ainsi, l’idée serait de produire assez de positrons pour les faire s’annihiler au contact d’électrons et faire tourner ainsi le moteur. Une méthode des plus radicales puisque lorsque matière et anti-matière s’annihilent, de l’énergie est générée selon l’équation E = mc² !

La NASA et les laboratoires américains sensibles à ce projet prévoient un premier prototype d’ici 30 ans. Un laps de temps assez court qui malheureusement cache une toute autre réalité : beaucoup de contraintes n’ont pas encore été résolues.

Les données les plus optimistes parlent de 4 mg d’anti-matière pour rejoindre Mars en quelques mois seulement. Mais une telle masse nécessite énormément de positrons ! Il faut donc soit stocker l’anti-matière dans des réservoirs, soit la produire en continu.
Si cette anti-matière est produite en continu, par exemple avec un laser, il faudra donc fournir de l’énergie pour le faisceau laser alimentant le moteur à positrons ! Et donc embarquer une source d’énergie puissante à bord du vaisseau. Dans le cas du laser Jupiter, le faisceau atteint des énergies de plus de 100 MeV tout de même…
Supposons que l’anti-matière soit stockée dans des capsules. Comment résoudre ce problème évident : toute matière au contact d’une telle quantité d’anti-matière risque de faire exploser le vaisseau spatial ! Il faut donc isoler l’anti-matière, et là rien n’est sûr. Certains parlent de champs magnétiques (?), mais la solution est-elle encore connue ?
En définitive, la propulsion à positrons progresse sur le plan expérimental, et nous sommes loin des équations théoriques de Dirac sur la physique quantique relativiste et le postulat de l’anti-matière, proposé  en 1928 ! Que de chemin parcouru depuis !

Moteurs à trous noirs ...


Des moteurs à trous noirs pour vaisseaux spatiaux

Vous avez certainement entendu parler des hypothétiques mais inoffensifs micro-trou noirs que pourrait générer le Grand Collisionneur de Hadrons lors de ses expériences de collision de particules. Mais avez-vous déjà entendu parler de la propulsion spatiale par trous noirs artificiels ? Encore plus fou, cette méthode de propulsion d’un vaisseau interstellaire a été sérieusement débattue par les physiciens Louis Crane et Shawn Westmoreland, de l’Université du Kansas. Leurs réflexions, purement théoriques, imaginent comment nous pourrions utiliser une énergie phénoménale de ces minuscules trous noirs.

Selon les travaux de Hawking, les trous noirs ne sont pas véritablement noirs mais émettent un infime rayonnement auquel on peut associer une énergie et une température. La quantité d’énergie émise par un trou noir est négligeable, sauf si ce dernier est très petit (selon la loi de Stephan-Boltzmann, son énergie émise est inversement proportionnelle à son rayon au carré). Pour spéculer un peu plus clairement sur cette hypothèse, Crane et Westmoreland se basent sur les types de trous noirs les plus simples à décrire : les trous noirs de Schwarzschild. Un tel trou noir peut être construit mathématiquement en résolvant l’équation de champ d’Einstein de la relativité générale, et a une charge électrique et un moment angulaire nuls. De plus, un trou noir de Schwarzschild a une géométrie euclidienne (son horizon vaut 4πR²), qu’il ne faut pas confondre avec la géométrie de l’espace-temps déformée par le champ gravitationnel du trou noir, qui elle n’est pas euclidienne mais suit la métrique de Schwarzschild !


Représentation d'un trou noir de Schwarzschild
Qu’est-ce que le rayonnement d’Hawking d’un trou noir ? A l’horizon d’un trou noir, les forces générées par le champ gravitationnel du trou noir sont si intenses qu’elles peuvent séparer une particule de son antiparticule, avant qu’elles ne s’annihilent naturellement. L’une est absorbée par le trou noir, tandis que l’autre en est éjectée. Ceci crée une différence de potentiel. L’énergie des particules ainsi émises augmente avec la température du trou noir. La température de Hawking d’un trou noir est inversement proportionnelle à son rayon. Il nous faut donc un minuscule rayon pour obtenir un trou noir le plus « chaud » possible, émettant des particules les plus énergétiques possibles (on confirme intuitivement la loi de Stephan-Boltzmann citée précédemment).



Pour obtenir des trous noirs assez énergétiques, il nous faut nous pencher sur des trous noirs à l’échelle sub-atomique, c’est-à-dire présentant un rayon inférieur à un angström (10-10 m). Mais il ne faut pas perdre de vue qu’un trou noir finit par s’évaporer et émettant un fracassant flash d’énergie. Plus il est minuscule, plus il est énergétique, plus vite il s’évapore. Pour permettre d’accélérer un vaisseau spatial de manière constante à 1g , il faudrait consommer 3000 petawatts par million de tonne de masse du vaisseau. Un voyage de notre Terre jusqu’à Alpha Centauri, à 4 années-lumières d’ici, nécessiterait ainsi 3,5 ans pour les voyageurs (de part les lois de la relativité restreinte). Pour propulser notre vaisseau spatial, il nous faudrait un trou noir de 0,9 attomètres permettant d’accélérer sa propre masse jusqu’à 0,1c en 20 jours. Mais dans le cas d’une technologie spatiale compatible, l’inévitable perte énergétique en transformant l’énergie du trou noir en énergie cinétique pourrait radicalement augmenter les délais d’accélération. De plus, un trou noir de ce rayon risque d’exploser lors de son évaporation finale en fin de voyage. Il devient assez pressant de s’en séparer avant d’arriver à destination. L’idée consisterait donc à utiliser des trous noirs plus grands, de 1 à 6 attomètres, d’une masse de l’ordre du million de tonnes, afin de produire suffisamment d’énergie durant un temps de vie convenable. Un trou noir de 2,7 attomètres durerait près d’un siècle, et permettrait d’accélérer jusqu’à 0,1c en 18 mois sans pertes d’énergie. Il faudrait donc compter en années le temps d’accélération réel, selon les performances du moteur à trou noirs.

Il reste tout de même un point important à résoudre. Comment créer ces mini trous noirs ? Il nous faut bien entendu recharger notre réacteur à effet Hawking si l’on veut voyager d’étoile en étoile. Un des moyens discutés consisterait à utiliser des lasers à rayons gamma sur-puissants. Un laser de 109 tonnes de masse serait nécessaire ; soit en comptant l’infrastrcuture du méga-laser un total de 1010 tonnes au bas mot. A première vue, cela semble dantesque. Mais une telle masse correspond à un petit astéroïde. Si nous parvenons un jour à concevoir de tels méga-lasers, nous devrions également être capables d’aller chercher des astéroïdes de cette masse pour en exploiter les ressources minières nécessaires à la construction du méga-laser. Ce n’est pas pour demain, certes, mais les projets américains de vols habités jusqu’à des astéroïdes géocroiseurs y font rêver.

Supposons que notre méga-laser est achevé. Où pourrions-nous trouver l’énergie nécessaire pour générer les trous noirs artificiels ? Ne cherchez plus, notre meilleure réserve brille au-dessus de nous ! Le soleil, qui produit une puissance lumineuse de plus de 3,8.1024 W, représente la meilleure source d’alimentation de notre laser à trous noirs. Il faudrait mettre en place des panneaux solaires collecteurs de 370 km de longueur à un million de kilomètres du soleil (pour rappel une unité astronomique mesure environ 150 millions de kilomètres) pour collecter en un an assez d’énergie pour produire un trou noir de 2,2 attomètres. Dans l’absolu, de tels collecteurs font penser à une sphère de Dyson de type 1. Bien-sûr, un tel réseau collecteur serait soumis à de nombreuses contraintes techniques, en orbite aussi proche du soleil. Mais durant tout cet article, n’avons-nous pas parié que les ingénieurs et chercheurs d’après-demain sauront surpasser tous ces vertigineux obstacles physiques et techniques

Moteur Vasimr



Le moteur Vasimr et l’exploration martienne


En annonçant fin janvier 2010 l’abandon du programme Constellation, le Président Barack Obama avait souligné que la Nasa devait désormais consacrer beaucoup plus de ressources au développement de nouvelles technologies, comme le moteur Vasimr, en coopérant notamment de plus près avec le secteur privé. Ce changement de cap vient briser le rêve d’un retour sur la Lune en 2020, mais ouvre la porte à l’arrivée de nouvelles technologies innovantes dans l’aérospatiale. L’une d’entre-elles est le moteur Vasimr (Variable Specific Impulse Magnetoplasma Rocket).


Schéma d'un moteur Vasimr. Sources : NASA
En 1970, Franklin Chang-Diaz, astronaute et physicien des plasmas, développe le concept d’un nouveau type de propulsion basé sur les propriétés des plasmas. Contrairement aux moteurs conventionnels de fusée qui brûlent de la poudre ou des mélanges de carburant liquide, le moteur Vasimr utilise une source électrique – solaire ou nucléaire – pour ioniser de l’hydrogène, de l’hélium ou du deutérium, ainsi portés à l’état de plasma chauffé à de très hautes températures (11 millions de degrés Celsius). Ce plasma est ensuite accéléré par un champ magnétique induit et expulsé dans des tuyères pour créer une propulsion ionique. Ce moteur a la caractéristique d’accélérer en continu. Ainsi, après une première étape de voyage vers une planète, il faudrait inverser la position des turbines afin de décélérer et de permettre au vaisseau d’être capturé par la force gravitationnelle de la planète.

Chang-Diaz a quitté la NASA en 2005 pour fonder sa propre société, Ad Astra Rocket Company (AARC), afin de développer la technologie Vasimr grâce à des financements mixtes privés et publics. Récemment, ses ingénieurs ont pu développer un prototype d’une puissance de 200 kWatts, le VX-200, testé avec succès en septembre 2009. La NASA s’est déjà montrée intéressée par ce modèle expérimental, et travaille actuellement avec l’AARC sur un modèle de moteur spatial, le VF-200, qui devrait être testé sur la station spatiale ISS en 2014. L’objectif, outre le fait de démontrer l’efficacité de la technologie Vasimr en aérospatiale, serait de donner la poussée nécessaire pour corriger l’orbite de l’ISS et éviter sa lente chute vers la Terre.

Mais l’objectif de Chang-Diaz va plus loin. Selon l’ancien astronaute, un moteur Vasimr de 200 mégawatts de puissance permettrait d’effectuer le trajet de la Terre à Mars en 39 jours, soit près de 5 fois plus vite qu’un moteur conventionnel d’engin spatial. Mis à part le gain de temps, réduire la durée du trajet permettrait de minimiser le temps d’exposition des astronautes aux radiations spatiales, dont les effets sur l’organisme sont encore mal connus en médecine.

Le pari est cependant loin d’être gagné. Certains experts restent cependant sceptiques sur l’efficacité d’un moteur Vasimr pour l’exploration du système solaire. Robert Terry, physicien des plasmas, pointe du doigt les faiblesses et pertes énergétiques du moteur Vasimr. Le président de la Mars Society, Robert Zubrin, rappelle que le générateur nucléaire nécessaire à un moteur Vasimr de 200 MWatts n’est pas encore disponible. De plus, un tel réacteur devrait peser dans les 4000 tonnes, alors que la masse totale d’un vaisseau à moteur Vasimr ne devrait pas dépasser les 600 tonnes pour atteindre Mars en moins de deux mois !



Si l’idée d’un moteur Vasimr permettant d’atteindre Mars en seulement 39 jours reste extrêmement alléchante, sa faisabilité reste encore difficile à envisager. Geoffrey Landis, chercheur à la NASA et auteur de science-fiction, reste d’ailleurs très sceptique sur l’utilité de moteurs Vasimr pour les missions habitées vers Mars. « C’est un peu exagéré  » , dit-il, se référant au développement à la fois du système de propulsion et de sa source d’énergie nucléaire. « Vous pouvez le faire avec juste une propulsion chimique  » . Chang-Diaz et l’AARC ont donc maintenant pour challenge de lui démontrer le contraire.http://rocket.itsc.uah.edu/u/cassibj/VASIMR